Afficher article  Le livre entre-t-il dans l'ère de l'illimité ?

Après la musique et la vidéo, l'édition française (enfin une partie) semble s'essayer au modèle de l'accès. En effet, la FNAC s'apprête à lancer un service de "Bibliothèque numérique en ligne" (via Biblio-France) dans lequel 1000 titres seront prochainement mis à la disposition des clients. Cette offre est organisée sous la forme de 7 bouquets thématiques. Il y de grande chance pour que cela ne soit que de l'accès, les livres n'étant ainsi qu'empruntés (la métaphore de la bibliothèque n'est sûrement pas innocente) même si apparemment il sera possible de faire une impression. Gageons que cette possibilité risque elle par contre d'être limitée, même si je pense que le coût pour imprimer chez soi un ouvrage de quelques centaines de pages est en soi une barrière qui se suffit à elle-même. Faites le calcul entre le coût d'une page, la cartouche d'encre et vous verrez que le prix d'un livre imprimé est finalement assez compétitif.  Justement sur la question du prix, pas vraiment d'indication sur ce sujet, même si la FNAC proposera un prix de bienvenue de 0.99€/mois ... et sûrement par bouquet. 

Il faut rappeler que ce type de modèle économique avait déjà été envisagé par 00h00/Gemstar avec des "chaînes thématique" composées d'un catalogue supposé se renouveller en partie tous les mois. Mais ce modèle avait donné lieu a des réactions pour le moins réticentes de la part des éditeurs-partenaires et était resté lettre morte. La donne serait-elle en train de changer ? En tous cas, la mise en place prochaine de ce genre d'offre pour les livres démontre une attitude un peu plus exploratoire des éditeurs. Même si ce type de modèle n'est peut-être pas la panacée du point de vue des clients (voir par exemple leur accueil mitigé en ce qui concerne la musique), elle a au moins le mérite de faire bouger les choses.

Edit : après avoir consulté un lien que l'on vient de me suggérer, la lecture des commentaires m'a révélé un détail qui m'avait échappé. Il semblerait en effet que la FNAC travaille en réalité avec Cyberlibris dont l'offre Famili serait alors mobilisée en marque blanche. La similitude dans la charte graphique à mon avis ne trompe pas. Donc, si tel est le cas, on peut en déduire un peu plus de précisions quant aux tarifs et au catalogue proposé. L'examen de ce dernier laisse d'ailleurs à revoir le jugement porté plus haut sur le changement de la disposition des "grands" éditeurs français à l'égard des livres numériques. Cyberlibris a signé des accords avec pas mal de maisons d'édition anglo-saxonnes et des "petits" éditeurs français alors que leurs "grands" homologues sont largement sous-représentés (notons quand même la présence de Dalloz, Dunod ou encore La Découverte). Enfin, il reste que le catalogue proposé se concentre principalement sur le segment "vie pratique" (cuisine, déco/brico, argent, etc.) et que la littérature semble totalement absente. Bref, encore une fois, initiative intéressante, mais le sera-t-elle suffisamment pour susciter le début d'une esquisse d'engouement du public ?

Afficher article  Web 2.0 : une mise en perspective

 

 

Poster par Eboy

Au moment où ce terme finit par atteindre largement la sphère du grand public (cf. le dernier hors-série de Courrier International), il est utile de mettre en perspective ce concept pour en déterminer l'originalité et les éventuelles ruptures qu'il suppose.

C'est précisément ce que nous propose un post très intéressant de Blogo Numericus dans lequel il est rappelé que la participation, l'information communautaire ou encore la logique du P2P ne sont pas l'apanage du web 2.0. Il sont au contraire profondément ancrés dans la philosophie et la technologie de l'internet dès ses débuts. L'attribut de broadcasting (one-to-many) que l'on octroie à la première génération du web est usurpé même si certains ont craint que cela ne constitue à terme son destin.  

La thèse de ce post est que le web 2.0 n'est que le prolongement, l'approfondissement et l'extension de ces pratiques somme toute déjà anciennes à d'autres domaines, de nouveaux publics, avec des moyens techniques novateurs. Une rupture est cependant distinguée avec l'émergence des plateformes sociales : le passage de la publication (diffusion des oeuvres par leurs créateurs) à la publicisation ("régime d'expression et de publicisation de signe de la personne"). En clair, ce qui constitue désormais l'objet de la communication, c'est la personne elle-même par le traçage et la mise en scène de ses activités, y compris intellectuelles et émotionnelles.

Cette réflexion se conclut par l'évocation d'une éventualité qui rejoint le thème évoqué dans le post précédent : la possibilité que ce travail de publicisation de son activité finisse par se transformer en oeuvre à part entière. Nous avons là des opportunités de formes nouvelles d'expression artistique, pour lesquelles notamment la frontière entre créateur et consommateurs de contenus culturels est de moins en moins étanche. De quoi envisager aussi une logique collaborative, du moins collective du processus artistique. Bref, il reste encore beaucoup de champs (numérique) à défricher...

Afficher article  Les stars commencent à quitter le navire …
Afficher article  Un pari audacieux

A quel prix facturer le téléchargement d'une œuvre ?

Que cela soit un single, un album entier ou naturellement un livre, c'est l'éternelle question que le phénomène de dématérialisation ne permet pas de trancher définitivement. En effet, sous leur forme numérique, les biens culturels ont un coût unitaire quasi-nul (hormis les coûts directs liés à leur circulation sur les réseaux et les coûts indirects supposés par la production/édition et la promotion d’une œuvre). Or, c'est sur ce coût que s'établissent en grande partie les prix auxquels sont vendues les œuvres culturelles (je grossis volontairement le trait). Donc, si l'on suit le raisonnement traditionnel, celles-ci devraient avoir un prix très proche de 0, ce qui évidemment est difficilement envisageable du point de vue des créateurs et des intermédiaires industriels qui se chargent de faire vivre commercialement les fruits de leur travail.

L’autre méthode de fixation des prix, et celle qui est d’un point de vue économique la plus efficace, est de se baser sur le consentement à payer des consommateurs, c’est-à-dire le prix maximum auquel ils sont prêts à acheter un contenu. Dans une configuration de marché de masse, il est extrêmement difficile de déterminer précisément les consentements de chacun. En revanche, les infrastructures et les outils qu’offre l’environnement numérique permettent d’envisager plus facilement une telle possibilité et autorisent les acteurs industriels à établir une discrimination très fine par les prix, leur offrant des perspectives de revenus théoriquement plus élevés. Dans l’idéal, chacun paye ce qu’il juge personnellement suffisant de payer, en fonction principalement de la satisfaction qu’il compte retirer de la consommation d’un contenu, et cela permet d’attirer plus de clients. Dans la pratique, un consommateur rationnel aura tout intérêt à mentir sur sa disposition à payer et à la minimiser. Tout l’enjeu est donc pour les vendeurs de l’amener à être honnête ou du moins à pouvoir découvrir malgré lui le vrai montant de sa valorisation.

Le groupe Radiohead a lui fait le pari de l’honnêteté de son public en proposant à chacun de déterminer lui-même le prix qu’il concède pour télécharger son dernier album « In Rainbows ». Les fans peuvent même l’obtenir gratuitement s’ils le souhaitent, avec la possibilité de gratifier financièrement le groupe une fois l’album écouté … et apprécié. C’est une tactique pour le moins innovante de la part d’artistes musicaux établis. Elle avait néanmoins été déjà appliquée, dans le début des années 2000, par un écrivain célèbre, Stephen King, dans un esprit similaire de confiance. Celui-ci avait en effet proposé un roman en faisant confiance à ses lecteurs pour le paiement des chapitres publiés successivement. L’auteur a semblé à l'époque considérer cette confiance comme trahie dans la mesure où il a arrêté l’expérimentation bien avant que la livraison de la totalité des chapitres ne soit achevée. Il n’empêche qu’une telle expérimentation montre bien que bon nombre d’artistes ne se font plus d’illusion quant à leur capacité de lutter contre le phénomène de la gratuité sur le net. Certains ont décidé de le prendre à revers, en tablant sur la loyauté de leur audience, et en se concentrant sur d’autres manières de créer de la valeur et de s'en approprier les fruits. Décidemment, les choses semblent aussi bouger du côté des créateurs et espérons que leur ouverture soit récompensée…